Poetry Books

Winter cliffs

1.

 

Penser avec les dents
Tome 1, Les cahiers de chute et d’ire
[Extrait 1]

 

En possession du vortex, l’agneau pathologique — décharge cosmique passant au fil de l’eau — dans le jeu d’ombres dût dévêtir de leur pouvoir les émotions, couper les cordes qui encerclaient la face sombre et opposée d’une prétention au bonheur.

 

[Extrait 2]

 

La limite est une matrice, une zone de transfert et de turbulences qui accouche des deux mondes frontaliers, lorsque, stimulée par quelque velléités de passage, elle se met à tanguer, grincer, geindre, voûtant son cou tantôt vers le sol, tantôt vers l’éther. Nous avons là un endroit mouvant selon les rythmes internes de l’esprit qui s’y pose, incertain, glissant et facétieux, mais nécessairement cloué sur le fugace par quelques préceptes afin de rendre la vie à plusieurs supportable. Le problème de la limite posée ainsi, dans toute sa dignité de chose clouée désirant maintenir les apparences, c’est qu’elle ment, et elle le sait. Les clous des limites rouillent très vite, et le fer orange bave, répand sa poudre, rit du craquement à venir. Cette terre là, vous ne la rendrez pas tropicale.

 

Lake

2.

 

Penser avec les dents
Tome 2, Les cahiers d’ivresse nova
Prophétie sauvage [Extrait 1]

 

Écluse au front
de roche à mer
tombe si lasse
en mon automne
Placée en moi
avant que l’air
de nuit corolle
en nage au fond
Ouvre et ferme
ta reine barque
au long du cours
parent d’hiver
Ce son si doux
que l’âme pleine
me pose en ventre
au four du jour

 

Clameur en rouge
du bout de bois
enclin au songe
à flotter là
L’ovaire de belle
infante plane
termine debout
l’aurore d’un fou
La juste prise
carence de pierre
à meute en feu
se voue à vous
Nous sommes la voix
de sous la terre
prière des nœuds
fléau sans Dieu

 

Dis-moi la loi
la foudre blanche
cratère-prisme
à cuisses bleues
L’hymen-fougère
à plis d’envie
se cache en moi
sans cesser là
Glisse en feuilles
sous l’ire du fond
dentée, fumée
figue reptilienne
Ce bain de mer
moisson de prunes
tornade et ventre
si beau si beau

 

Douce cheminée
rivalité
mirage noir
lustre les yeux
Lions nos plumes
rapaces à rêves
la mare de nuit
étend nos jambes
Sous ce bourdon
de gestes pleins
je fends l’arène
et ronge ta main
Silène à crocs
ramure en flammes
crotale d’embruns
baise aine rouge

 

Sans fil de mer
qu’arrête l’ivre
armure de rat
regarde mon pas
Il grave le sol
cogne en rival
farouche rage
eau de cheval
Ce verre du ciel
me rompt les yeux
aphone et bleue
je sais je sens
Brutale reine
de terre de rut
rongée cramée
suce l’ange en faim

 

Sans front les âmes
cires de bétail
fracassent en rond
le lierre du Nom.

 

Tree resin

3.

 

Volt de femme [Extrait 2]

 

Tenez-la, cerclez,

ligaturez, pressez-la,

par l’étau fort



de la peau encore s’échappe

l’anguille cette femme

serrez,



des nœuds, fermes,

— il faut — cette électrique

glissante



rue et

les dents de Prométhée

en chaînes plient.



Non, la femme

au vent des cages

se couronne libre,



denrée d’arme niée 

d’où masse à bleu,

l’eau ventre des portes,



la mangeuse de barreaux

au son des murs

se danse en faim.

 

pomegranate willa mysteries pompeii

4.

 

SsMmLl [Extrait 3]

 

Si ses seins, à dessein, plissent sans cesse sous ses sens assoupis, ses dessous osseux sertissent sa soyeuse cime  maintenue comme affamée, gemme et énigme d’homme, mûre et morphinique. Fermes manières du Minotaure manifestant les méandres primitifs du mouvement mis au monde et lames de lumière mêlées modelant la merveille immobile. La longue langue lilas déliée, alanguie, du lion qui lape, dépouille et lie, immuable Maldoror, est maillage malléable de mille larmes montées de la moiteur d’une mâchoire. Mon amant amas de mirages, murmures éméchés d’un magma fantôme, madrépores endormis au matin muets. Le sommeil d’une immense malice métamorphose le maelström des morsures en massif mouvant d’Homme et de Femme mêlés. Nous sommes un battement du monde, une marée magnétique amenée de la mer, qui mange, mord et mue.

 

sand porto ercole caravaggio

5.

 

Penser avec les dents
Tome 3, Les cahiers de langue coupée
Poèmes anagrammatiques

 

[Extrait 1]

 

Ensemble sous brouillard, rouée de vaudou,
s’ouvre la boule sourde. L’aube du nom désiré,
d’une brûlure souleva l’ours de Sodome. Baie
de douleur, salve d’abus morose, roue nubile.
Nul abri, dévorée sous la mer d’obus élue d’où
leur boa de brumes, ovule d’ossuaire, ondule.
Ou démon rieur, ou salves d’os. L’aube brûle de
doublons. La mer de boue susurre l’idée : va où
l’or s’abuse, se mord d’une douleur oubliée, va,
boussolée d’aurore, allume vie d’un bord usé.
Semons, l’aube voulue déborde d’où seul rira
l’amour des louves. Une odeur de bois brûlé a
dardé, bée. Un vol d’osmose ourle sur lui, beau.

 

[Extrait 2]

 

FEMME ROUGE A CUIRASSE,
aimée, morsure fugace s’
amorce; âme se fugue. Ris,
faim orageuse, cure mes
murmures. Soif âgée à ce
magma — cuisse feu or — ère
furieuse, orgasme, ça me
masse. Fougue remercia
Mars, cœur fume, s’égaie
— sueur osée, magma récif.
Gémir amoureuse, face s’
âme, courageuse. Frémis
ma féroce, rugis amusée.

 

[Extrait 3]

 

Loup est le saigneur
de la cantate de mots crevés.

LAACAJ, AP, HÉ,
FACCLDR ;
ÉBT, INRABC,
IDFMR, OBI, BZIE.
CIRLEVOBA,
ATAHEVABAIOJB.
NÉP.
Elle a assez agi happée, hachée,
Effacé ses ailes des airs ;
Hébétée, hyène erra baissée,
Idée éphémère, obéie, baisée d’yeux.
C’est hier élevé aux béats,
Athée a achevé abbé haï au gibet.
Haine et Paix.

 

apple tree winter mountain

6.

 

*

 

1. Where I once saw a circumhorizontal arc, 2010
2. Stille Wasser gründen tief, 2010
3. After the wildfire, 2014
4. Small pomegranate found next to the Villa of the Mysteries in Pompeii, 2016
5. Sand from the place where Caravaggio died, 2016
6. Apples for the beasts, 2016